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BELLES, BELLES, BELLES ...

 

Coincé dans une queue à la caisse d’un super marché.

Aussi contraint que moi, juste devant, un monsieur d’un âge éprouvé, comme moi...Il a le regard balayeur. A droite, à gauche, devant, autour de lui...sans un mot, deux bouteilles de Saumur Champigny tenues fermement en mains.

Un virage à 180° pour me dire sans vergogne aucune :

- C’est vraiment une super saison l’été ! Vous ne trouvez pas ?

 Quelque peu interloqué par l’incongruité de la question :

- Oui oui ! C’est une saison que j’aime bien…

- Moi je trouve que les femmes sont belles en été, pas vous ?

- Euh...Oui ...Moi aussi…

- Elles se découvrent, dénudent des parties de leur corps, et je les aime ainsi, toutes plus belles les unes que les autres, même celles qui ne le sont pas vraiment, dévoilant ainsi des formes cachées les autres saisons, et pourtant avantageuses …

Allons bon ! Me voici en présence d’un es-thète  es- queue de super marché...

- J’arrive tout droit d’un vin d’honneur de mariage où j’ai admiré la mariée, vraiment trop belle ! Même sa mère était magnifique malgré son âge « avancé » ! C’est vraiment une belle saison !

 

D’ici qu’il me dise que je suis trop beau moi aussi, en dépit du câble que j’ai déroulé !

 

Je me risque à réorienter le débat :

 

- Moi ce que j’apprécie , ce sont les odeurs estivales quand je marche dans la nature, notamment l’odeur du foin fraîchement fauché. Je me souviens aussi de ces longues soirées d’été où nous jouions très tard dans la rue avant un dîner somptueux composé de lichettes de pain trempées dans un bol de lait glacé...Que de souvenirs !

- Oh oui ! Moi c’était plutôt le « Pilchard », ce poisson froid en conserve qui baignait dans la sauce tomate (à chacun sa madeleine ) et quand je rentrais le soir dans la cour de la ferme de mes parents, j’aimais respirer ces odeurs particulières, je les sens encore aujourd’hui …

Le plaisir des sens !

Les tours passant, l’odeur (estivale) de la caissière caressant de plus en plus insistante nos papilles olfactives dotées d’une sensibilité hors du commun, il nous faut bientôt mettre un terme à cet échange aussi inopiné qu’impromptu.

- Si je comprends bien , osais-je, nous devons être de la même génération...

- Sans aucun doute : moi j’ai 52 ans.

- Vous êtes beaucoup plus jeune que moi, on n’est pas tout à fait de la même génération,je suis né en 1948 .

- Ah ben ça alors... 68 ans ! Vous les faites pas ! Je vous donnais au moins 10 ans de moins !

Un sens aigu  de l’observation…

- Une chose est sûre, j’ai bien mon âge. Finalement, c’est ce qui se passe dans chaque tête qui importe ...Ne pas trop s’écouter, vivre le présent, et puis j’ai encore tellement de choses à faire ! Je pratique entre autre la musique depuis mon départ en retraite et cela me comble !

J’aurais peut-être dû m’abstenir…

- Mais c’est super, moi qui adore la musique, j’aurais tellement aimé jouer d’un instrument !

- Vous savez, il n’est jamais trop tard pour s’y mettre!

- Alors vous jouez de quoi ? Seul ? En groupe ? A l’Atelier Musical ? Dommage que je ne sois pas de Saint-Lô ! Mais j’irai vous écouter un jeudi sur le marché du terroir, je vous reconnaîtrai…

 

- Bonjour Monsieur , s’invite alors d’une voix suave la jeune caissière revêtue de tissus légers luttant contre la moiteur d’une fin d’après midi estival.

Elle a encore la force de sourire pour saisir son énième code barre de la journée.

 

Avez vous la carte du magasin ?

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