QUAND LE VERNIS FOND ...

 

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Après une  « escale technique » aux  toilettes, soulagé pour ses sphincters que celles-ci  aient eu la bonne idée d’être sur son chemin, guidé  par le « porteur de pancarte » dans un dédale de couloirs et d’allées sans fin, DC sort enfin du terminal et revient brutalement à la réalité : ce matin, comme tous les autres matins, à l’évidence,  il fait jour en France...

Ebloui par la lumière naturelle qu’il perçoit comme agressive, DC pas vraiment « atterri » n’en croit pas ses pupilles :   elles sont  là, arrogantes, plus aguichantes les unes que les autres, comme les reines d’un concours de beauté, rangées  dans un espace dédié, genre arrière cour, à l’insu  du grand public .  Plus rutilant tu meurs, «  vernies noires » comme des souliers de premier communiant, trop propres sur elles pour être sans taches...

DC en oublierait presque ses côtes cassées...

Se frayant avec assurance un chemin entre les véhicules , le chauffeur télécommande  l’ouverture de son  « char » (du Québecois dans le texte), celui  qui va bercer DC jusqu’à la porte de son domicile, à quelques 330 kilomètres, dans un bocage normand  vert et humide, au goût de calvados reviens-y...

Après la limousine québecoise (la voiture, pas la race bovine) et son chauffeur « classieux »  de la Reine d’Angleterre, la classe Business et sa demie-queue de homard, le fauteuil roulant piloté par une  jolie  kamikaze «  passe-murailles », s’offre à lui  une  splendide Mercedes, noir ébène, nickel chrome, grain de poussière balayé,  micro-rayure camouflée. Elle semble n’avoir jamais servi...  authentique cerise sur le gâteau (pour les gourmets),  point d’orgue (pour les musiciens)...Décidément, Il se passe toujours quelque - chose dans le royaume du taxi « parisien » Hubert et contre tous...

L’heureux propriétaire de ce trésor immaculé semble y tenir comme aux poils de sa barbe naissante : il s’empresse d’ouvrir la portière du passager avant, devançant DC ;  mieux vaut prévenir que guérir une éraflure avec la tôle du  taxi d’à côté ( on ne sait jamais)…

DC n’a d’yeux que pour le « cockpit » de conduite pendant que LP (Le Parisien) se faufile avec souplesse et zénitude dans le flux incessant et oppressant d’une circulation aux rebonds imprévisibles…

LP semble soulagé d’une angoisse perpétuelle : il a rejoint l’autoroute sans dommage pour son doudou de voiture…

Il se dévoile  enfin comme un conducteur ordinaire, soucieux des côtes et  entrecôtes de son client qui le rassure (elles ne sont pas totalement cuites) et se montre de plus en plus disert. Il semble apprécier cette échappée belle, l’occasion pour lui de voir un peu de pays, une parenthèse  qui le libère de son sort  quotidien…

DC et LP « placotent » (du Québécois dans le texte) au point que LP,  qui s’impose à juste titre son temps de repos , propose  un café à DC sur une aire d’autoroute, histoire de prendre un peu l’air sans en avoir l’air  tout en continuant à discuter  de « l’air du temps ».

LP , jeune Pakistanais de presque trente ans, vivant chez ses parents dans le 93 ,  avec sa jeune femme l’ayant récemment rejoint, volant bientôt de ses propres ailes dans un pavillon de banlieue proche, avoue ne pas connaître la Normandie, encore moins la Manche, quant à Saint-Lô...Il a vaguement entendu parler du  Mont St Michel, cette Merveille du Monde qu’il aimerait  visiter un jour.

En guise de Mont, parvenus à destination en ce milieu d’après midi, DC  propose de passer par le centre  de Saint-Lô, capitale des ruines,  la ville-préfecture de la Manche,  pour y admirer ses remparts majestueux. Ce que LP accepte avec un plaisir non dissimulé. Il souhaite même s’arrêter pour faire quelques photos souvenirs...Après avoir garé sa Mercedes (toujours intacte) à l’écart des autres véhicules (on ne sait jamais), parvenus au haut de la tour panoramique qui surplombe la Vire, il apprécie le spectacle  et semble tout heureux de partager à distance ses clichés avec sa femme...

Soucieux de préserver  la belle voiture en l’état (on ne sait jamais) DC décide de regagner son domicile en évitant  une ruelle ancienne très étroite…

Comme dirait la dame du GPS : « vous êtes arrivés »…à domicile !

Il est temps de se quitter. L’un et l’autre se disent heureux d’un voyage déjouant tous les codes de façade, l’empathie ayant prévalu lors de cette rencontre inter-générationnelle,  insolite et authentique.

Ainsi va la vie, souvent concours de circonstances, heureuses ou malheureuses, ...toujours enrichissante.